Présentation pré-concert par Madeleine Betschart,
directrice du Centre Dürrenmatt à Neuchâtel
Le spectacle présente l’intégralité du texte «Le Minotaure» de Friedrich Dürrenmatt (dans sa traduction française par Jean-Paul Clerc), en le mettant en musique et en images au service de la dramaturgie d’une création, qui intègre éléments théâtraux, projections vidéo et compilation de musique de la Renaissance jusqu’à la musique contemporaine acoustique et électro-acoustique interactive.
Trois artistes d’envergure internationale aux intérêts artistiques multiples créent un spectacle multidisciplinaire théâtrale et sonore inédit, où la richesse des textures musicales proposées transporte l’auditeur dans un univers où se mêlent poésie et imaginaire. Robert Bouvier (récitant) et deux musiciennes, Irina-Kalina Goudeva (contrebasse & live électroniques) et Veneziela Naydenova (piano), emmènent le public dans le cosmos du Minotaure – «un enfant monstrueux, un dieu monstrueux parmi cet univers fait de ses images. »
« Pour Dürrenmatt, le monde est le labyrinthe du Minotaure, un asile de fous, et l’homme, dans sa condition même, est moitié monstre, moitié homme. Le Minotaure est le monstre qui vit dans le labyrinthe, d’une totale singularité puisqu’il n’y en a qu’un, reflétant l’unique et le monstrueux. Tout en gardant le schéma du mythe, Dürrenmatt le réécrit et présente le labyrinthe comme des parois de miroirs. Le Minotaure se retrouve seul et découvre son image sans savoir que c’est son image. Il se met à bouger, comme son reflet, et se lance dans une danse de Narcisse heureux.
Puis arrive l’altérité avec une jeune femme envoyée en otage, il veut la posséder et la tue sans le vouloir. Dès lors, sa rencontre devient violente avec les autres otages qu’on lui envoie en tribu et qu’il massacre, devenant le monstre dangereux et violent. En suite arrive Ariane qui, avec son fil, permet à Thésée d’arriver jusqu’au Minotaure. Thésée se masque derrière un visage de Minotaure pour s’approcher. Le Minotaure se trouve face à quelqu’un de différent mais à un semblable, qui lui permettra peut-être de sortir de sa solitude. Il s’approche de Thésée, comme pour l’embrasser, mais Thésée le tue, faisant tomber à son tour l’illusion. » (prof. Charles Méla)
Un spectacle complexe et émouvant, plein de sensibilité et d’humanité, qui nous invite à questionner les catégories morales de notre temps à l’aune de celles des héros de l’antiquité.